Cet article traite de la question de la conception, de la mise en place et de l’évaluation des politiques de promotion de l’interconnexion en énergie électrique adaptées au contexte des pays de l’Afrique. Bref, de l’intégration par l’énergie électrique en Afrique. Nous avons mobilisé la théorie du transfert politique et institutionnel pour analyser en profondeur le processus de mise en place des politiques énergétiques, les barrières existantes et les résultats obtenus, et explorer les enjeux liés au déploiement massif de l’énergie électrique en Afrique. Afin de simplifier l’approche, nous nous sommes centrés sur les conditions directes d'intégration, à savoir les déterminants organisant les échanges entre systèmes (règles d’accès au réseau, etc.) et les possibilités d’unification des infrastructures techniques et des marchés spots créés dans chaque pays pour faciliter les transactions. Enfin, l’étude appréhende globalement les logiques de fonctionnement des interconnexions à travers les pôles énergétiques institués par l’organisation d’intégration africaine.
Dès les indépendances africaines des années 1960, les pères de l’indépendance ont affirmé à travers la doctrine du panafricanisme, la communauté d’intérêt des pays africains. La constitution de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) répondait à la question centrale des fondateurs des jeunes États, à savoir quels mécanismes devant favoriser la coopération régionale et l’intégration africaine pouvaient être mis en place? Ils étaient conscients que les pays africains avaient subi la balkanisation du fait de la colonisation et étant de petite taille, leur croissance et leur développement seraient handicapés par cette limite. Le seul moyen de remédier à cette faiblesse était de s’unir et de constituer un vaste marché homogène et intégré. C’est dans cette dynamique que les Etats africains ont fait le choix des pôles énergétiques pour combattre les inégalités d’accès à l’énergie.
L'énergie électrique est essentiellement un flux, dont le parcours est très difficile à identifier du fait de sa diffusion dans le réseau. Elle ne se stocke que très imparfaitement. Une transaction affecte toutes les autres, et la qualité du produit dans une transaction est étroitement dépendante de la coordination technique de toutes les transactions en cours. Dans les industries libéralisées, ces caractéristiques et les nombreuses externalités qui en découlent rendent difficile l'attribution de droits de propriété clairs sur le produit comme sur les équipements de transport, ce qui rend intrinsèquement incomplets ses marchés et nécessite au niveau de chaque système la définition d'institutions de marché et de règles qui permettent à la fois l'échange et organisent l’articulation de la coordination marchande et de l’équilibrage technique[1].
L’intégration régionale aujourd’hui est de plus en plus vue comme une façon, pour les pays souffrant de faiblesses structurelles et économiques, de participer à l'économie mondiale. Aujourd'hui, le commerce interafricain demeure faible et le manque de convergence politique au plan macroéconomique, ainsi que les infrastructures insuffisantes ont un effet négatif sur la coopération et l'intégration. Cependant, le travail en cours pour observer le rythme auquel les économies africaines sont reliées dans huit secteurs-clés (commerce, transport, communications, énergie, agriculture, industrie, finance, développement humain et marchés du travail) montre des résultats disparates [2]. Certaines communautés régionales ont fait de gros efforts pour libéraliser le commerce avec leurs voisins en permettant la libre circulation des gens et en créant des liens infrastructurels externes. Alors que le réseau africain de transport, les infrastructures et les services sont toujours « disjoints », le secteur de l’énergie montre des signes d’une plus grande intégration, particulièrement en Afrique du Nord et du Sud. Plusieurs problèmes ont réduit la capacité du secteur de l’énergie à piloter le commerce inter et intra-africains. Parmi ces problèmes : pertes importantes de système dans la transmission et la distribution ; tarifs non-viables ; facteurs environnementaux ; faibles performances techniques ; de la gestion et du financement ; et interventionnisme des gouvernements. Il faut noter que, le continent africain présente le taux d’électrification le plus faible au monde, en dessous des taux de l’Asie du Sud, de l’Amérique latine et du Moyen-Orient. Le secteur de l’électricité en Afrique est semblable aux autres industries. Il est encore au début de son développement, puisque seulement près de 38.3% des africains ont accès à l’électricité et seulement près de 19.9% des ruraux sont connectés aux réseaux électriques [3]. La faible densité de la population combinée à une prépondérance de la population rurale sont des contraintes majeures car elles rendent le développement des infrastructures d’électricité très onéreux et limitent les économies d’échelle. De plus, en raison du manque d’entretien, des branchements illégaux et de l’insuffisance des investissements, l’offre est peu fiable, comme en témoignent les fortes pertes du transport et de la distribution. L’étroitesse du réseau et son mauvais état général sont des problèmes d’autant plus difficiles à surmonter que les pays africains connaissent de fortes contraintes budgétaires. C’est alors que, favoriser les initiatives régionales en faveur d’une amélioration de l’accès à l’électricité constitue à juste titre l’une des propositions fondamentales de l’initiative Énergie du Nepad. En 2018, environ la moitié de la population totale de l'Afrique (548 millions de personnes) n'avait pas accès à l'électricité [4]. Le taux d’accès à l’électricité en Afrique est nettement inférieur à ce qu’il pourrait être compte tenu des niveaux de revenu et de la superficie couverte par le réseau électrique. Ce manque d’accès à l’énergie fait peser d’importantes contraintes sur les activités économiques modernes, la fourniture des services publics, l’adoption des nouvelles technologies, et affecte de manière importante la qualité de vie. D’un côté, nous visiterons les déterminants des politiques énergétiques en Afrique, avant d’apprécier l’évolution de la mise sa œuvre, de l’autre côté.
Les Politiques De Promotion Des Interconnexions Energétiques En Afrique : Analyse Du Secteur D’électricité
La distribution inégale, aux plans régional et national, des ressources d’énergie de l’Afrique, qui entraîne un déséquilibre entre la demande et la fourniture, et la petite taille de la plupart des économies africaines, laissent penser que les stratégies individuelles des pays pour le développement du secteur de l’énergie ne peuvent être optimales. Ceci a provoqué une forte impulsion pour explorer des approches plus intégrées au plan régional, en particulier des projets à grande échelle pour le secteur de l’énergie.
Les Déterminants Des Politiques Régionales D’interconnexion Energétique En Afrique
L’accès à une offre d’énergie de qualité permet d’améliorer substantiellement les conditions de vie des populations car elle favorise la lutte contre la faim et la malnutrition grâce à la cuisson et la préservation des aliments par la réfrigération, à l’amélioration de la productivité au sein de la chaîne alimentaire et au développement de mode de production agricole modernes. Il constitue un élément essentiel de progrès sanitaire via l’amélioration de l’hygiène alimentaire et le perfectionnement des équipements médicaux.
Une meilleure offre d’énergie permet aussi à l’Etat d’offrir des services d’éducation, de santé et de communication à meilleur coût et en plus grande quantité à la population. Elle favorise aussi la circulation de l'information, élément essentiel de la prise de décision politique. Elle permet ainsi de cibler les populations dans le besoin et de faire un choix éclairé des politiques les mieux adaptées aux contextes local et national. Réciproquement, la circulation de l’information et l’amélioration des conditions de vie des populations favorisent le développement de la participation de la population aux choix nationaux, pouvant permettre un approfondissement du caractère démocratique des institutions. Les autorités sont ainsi poussées à plus de transparence et de responsabilité dans leurs décisions.
C’est ainsi que, les changements en cours dans l’économie mondiale et le passage de la géopolitique à la mondialisation sont accompagnés d’un abandon des traitements spéciaux à l’égard d’un pays donné pour atténuer les failles de son système de marché et ses faiblesses structurelles, afin d’accélérer son intégration au sein de l’économie mondiale. Ceci a pour but d’aider à prendre en compte les problèmes communs résultant d’une intégration mondiale rapide [5].
La segmentation de l’Afrique en de nombreuses entités étatiques, avec une cohérence économique, politique ou géographique limitée, qui a suivi l’indépendance politique, a conduit les autorités africaines à adopter l’intégration régionale en tant qu’élément central de leurs stratégies de développement. La petite taille de l’économie africaine typique a fourni la raison pour poursuivre une coopération économique et une intégration régionale mutuellement bénéfiques, tout particulièrement entre les états voisins. Il y a une prise de conscience, au sein des pays africains, du fait que l’intégration progressive offre un meilleur potentiel pour
minimiser les coûts de la fragmentation des marchés et, par conséquent, représente une précondition pour intégrer les pays africains au sein de l’économie mondiale. La coopération et l’intégration régionales sont également nécessaires pour accroître la compétitivité de l’Afrique et lui permettre de maximiser les bénéfices de la mondialisation. Améliorer l’accès de l’Afrique aux marchés mondiaux, particulièrement dans les pays industrialisés, est un préalable essentiel, en même temps qu’un allègement de la dette et une aide officielle. La détermination des autorités africaines envers les objectifs et les principes d’une coopération politique et économique les a conduits à créer l’Organisation de l’Unité Africaine (OAU) en 1963 devenue l’Union Africaine (UA) en 2002, un instrument destiné à favoriser le développement et l’unité de l’Afrique. Cet engagement a été renouvelé avec le Plan d’Action de Lagos, en 1980, puis avec le Traité d’Abuja, en 1991, lequel envisage la création de la Communauté Economique Africaine.
L’intégration économique régionale joue un rôle important dans l’accélération de la croissance économique et le développement durable en Afrique et peut faciliter:
L’expansion du marché, qui aidera à promouvoir une plus grande spécialisation et une industrialisation plus rapide à travers des économies d’échelle, ce qui atténuera le problème de la petite taille des économies africaines
La croissance des investissements domestiques et étrangers et la compétitivité accrue des pays africains au sein de l’économie mondiale
Une amélioration rapide et importante de l’efficacité économique à travers une compétition accrue entre les pays participants et des incitations plus grandes pour le déploiement de nouvelles technologies et méthodes de production, ainsi qu’une innovation rapide [6]
C’est en ce sens que, la coopération et l’intégration régionale de l’énergie offrent l’une des options les plus prometteuses et les plus rentables pour les pays en voie de développement, et l’Afrique en particulier, pour arriver à développer leurs secteurs de l’énergie, de façon à profiter des bénéfices environnementaux, sociaux et économiques générés par une utilisation plus efficace des ressources. Quatre bénéfices majeurs sont associés à l’intégration régionale de l’énergie à savoir: une sécurité améliorée des fournitures; une plus grande efficacité économique ; une meilleure qualité environnementale et un développement des ressources renouvelables.
Nous pouvons donc affirmer sans crainte que l’intégration régionale et, donc, l’interdépendance régionale est un vecteur d’accroissement de la paix et la stabilité. Historiquement, les deux premiers facteurs ont été à la base des interconnexions électriques et du commerce régional dans le monde entier. Cependant, en raison de la prise de conscience de la nécessité d’intégrer des considérations environnementales dans le planning de développement, les interconnexions électriques sont considérées comme un moyen de développer des ressources énergétiques alternatives propres et plus saines au plan environnemental [7].
Les Pôles Energétiques Comme Dynamiques D’interconnexions Transfrontalières En Afrique
Il faut le rappeler, la « mise en commun de l’énergie » est un phénomène relativement récent en Afrique. Les pays d’Afrique ont débuté la transition vers des marchés régionaux intégrés, après avoir constaté les avantages de l’exploitation commune des réseaux électriques aux États-Unis et en Europe. Ils se sont également appuyés sur leur propre expérience acquise au travers des réformes des secteurs nationaux de l’électricité, ainsi que dans le développement des échanges bilatéraux et l’élaboration de projets de production d’électricité multinationaux au cours des 30 à 40 dernières années.
Les États africains ont donc fait le choix de pôles énergétiques pour combattre les inégalités d’accès à l’énergie. Les pôles énergétiques visent à établir des marchés régionaux de l'énergie et à harmoniser la politique énergétique par grandes zones. Il existe ainsi cinq pools régionaux en Afrique, couvrant plus ou moins les cinq sous régions du Continent: le Pôle énergétique d’Afrique Centrale (PEAC), le Comité Maghrébin de l’Electricité (COMELEC), le Pôle énergétique Ouest africain (PEOA), le Pôle énergétique d’Afrique de l’Est (PEAE) et le Pôle énergétique d’Afrique Australe (PEAA).
Le PEAC est l’instance chargée de mettre en place l’organe de régulation du marché régional de l’électricité. Afin de promouvoir le marché régional de l’électricité et valoriser l’important potentiel hydro-électrique, les pays de la CEEAC ont adopté en 2009 un code du marché de l’électricité qui fixe les principes régissant la production, le transport, la distribution, le transit et les échanges transfrontaliers dans l’espace de la CEEAC.
Créé en 2003 à Brazzaville, le Pool Energétique de l'Afrique Centrale (PEAC) est un organisme spécialisé de la CEEAC chargé de la mise en œuvre de la politique énergétique, du suivi des études, de la construction des infrastructures communautaires, de l'organisation des échanges de l'énergie électrique et des services connexes. Il est né avec comme pays membres l’Angola, la R.D. Congo, la Centrafrique, le Congo/Brazzaville, le la Gabon, Guinée Equatoriale, Sao Tome et Principe, le Cameroun, le Tchad, le Rwanda et le Burundi.
Le COMELEC (Comité Maghrébin de l’Electricité) est un organe créé en juin 1974, sur la base d’un accord préliminaire entre les Directions Générales de la STEG (Tunisie), la SONELGAZ (Algérie) et de l’ONE (Maroc). Son élargissement à la SONELEC (Mauritanie) en 1975 puis à GECOL (Libye) en 1989 est intervenu après l’adhésion de la Mauritanie à l'UMA (Union du Maghreb Arabe) et l'élargissement de cette instance à la Libye en vertu du traité de Marrakech qui a consacré l'institutionnalisation de l'UMA. Ce comité fédère les efforts de l’Algérie, du Maroc, de la Tunisie, de la Libye et de la Mauritanie. La COMELEC possède une des connectivités les plus élevées associée à une très bonne infrastructure. La région est également reliée au Moyen-Orient par l'intermédiaire de la ligne d'interconnexion entre l'Egypte et la Jordanie et l'Europe via la ligne Maroc-Espagne. Créé en 2000, le PEAO rassemble tous les États membres de la CEDEAO (Bénin, Burkina Faso, Cap Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée Bissau, Guinée, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo), les critères d’appartenance au PEAO ont d’abord été définis en avril 2002, lorsque le PEAO relevait directement du Secrétariat de la CEDEAO à Abuja. Adoptés en 2005, les Statuts ont ouvert l’accès du PEAO à un éventail plus large d’entreprises. Ils définissent le PEAO comme « L’association de sociétés publiques et privées qui constituent l’Organisation du PEAO ». Cela a réellement marqué le départ d’une nouvelle ère en retirant aux autorités administratives le contrôle du pool énergétique pour le remettre aux mains des compagnies d’électricité qui font partie de ses membres. En 2006, le siège du PEAO a été établi à Cotonou au Bénin.
Parmi les pools énergétiques de l’Afrique subsaharienne, c’est le PEAO qui se fait le mieux entendre sur la scène politique, lorsqu’il promeut le développement d’une infrastructure régionale de production et de transport d’électricité.
Le Pool énergétique de l’Afrique de l’Est (PEAE) est une instance intergouvernementale basée à Addis-Abeba en Éthiopie, dont la mission consiste à mettre en commun les ressources d’énergie électrique d’une manière coordonnée et optimisée, afin d’alimenter la région en électricité abordable, durable et fiable. Créé en 2003, le PEAE rassemble le Burundi, la RDC, l’Egypte, l’Ethiopie, le Kenya, le Rwanda, le Soudan, la Tanzanie, l’Uganda et la Lybie. Le PEAE, est le pool énergétique le plus récent en Afrique, a été créé par le COMESA en 2006 en vue de promouvoir la distribution de l’énergie électrique dans la région.
L’objectif du PEAE est de « mettre à la disposition des pays d’Afrique de l’Est de l’électricité abordable et fiable, en mettant en commun toutes les ressources énergétiques disponibles dans la région d’une manière optimisée et coordonnée, afin d’augmenter le taux d’accès à l’électricité de la population de la région et de promouvoir l’intégration régionale »
Le PEAA a été créé par l’Afrique du Sud, la Namibie, le Botswana, la Zambie, l’Angola, le Zimbabwe, le Mozambique, le Malawi, le Lesotho, la R.D. Congo, la Tanzanie et le Swaziland.
Ce Pool énergétique a comme objectif principal d’alimenter en électricité fiable et abordable les consommateurs de tous les membres du PEAA, dans le cadre d’une utilisation des ressources naturelles raisonnable et respectueuse de l’environnement, et de faciliter le développement d’un marché de l’électricité concurrentiel. Le SAPP, qui a démarré sous la forme d’une association de compagnies d’électricité nationales, a été fondé officiellement en août 1995 lors du sommet de la SADC qui s’est tenu en Afrique du Sud et au cours duquel les États membres (excepté Maurice) ont signé un protocole d’accord entre États. C’était le premier pool énergétique officiel en Afrique subsaharienne.
Evaluation De La Mise En Place Des Politiques Energétiques En Afrique
L’Afrique est le continent des paradoxes, en matière d’électricité : elle est à la fois un géant énergétique par les ressources dont elle dispose, et un nain électrique par les capacités réelles sur lesquelles elle peut s’appuyer aujourd’hui. En effet, avec 10 % des réserves hydrauliques mondiales économiquement exploitables, avec près de 10 % des réserves mondiales prouvées de pétrole, 8 % des réserves mondiales de gaz, et 6 % des réserves mondiales de charbon, ce continent offre un gisement considérable de potentiels et de ressources énergétiques. Sans oublier le formidable potentiel solaire, ni les gisements géothermiques de l’est du continent, ou encore les gisements éoliens sur les zones littorales ni, bien sûr, la biomasse [8].
Les dirigeants africains se sont engagés dans l’Agenda 2063 à accélérer les actions pour connecter le continent par des infrastructures de niveau mondial, y compris l’interconnectivité entre les Etats insulaires et le continent. L’efficacité de l’option régionale faite par les Etats africains peut s’apprécier suivant deux principales dimensions à savoir la mise en place d’un marché régional de l’électricité et l’optimalité des investissements régionaux. L’accès à l’électricité et aux autres sources d’énergies modernes est crucial pour le développement socio-économique. Les services d’énergie moderne sont vitaux pour la qualité de la vie. L’éradication de la pauvreté réclame de l’eau potable, des installations sanitaires et des services de santé adéquats, un bon système d’éducation et un réseau de communication [9]. Rien de cela n’est possible sans énergie.
Les Résultats Ou Avancées Des Politiques Energétiques Dans La Consolidation De L’intégration Régionale En Afrique
Les efforts en cours d’interconnexion régionale des réseaux électriques demeurent un important outil de promotion d’une performance optimale du système. Il faut noter que, depuis les années 90, différents pools énergétiques, réseaux électriques communs et systèmes binationaux de production et de transport d’électricité en Afrique ont tenu lieu d’outils de planification de l’électricité à l’échelle régionale. Néanmoins, le volume des échanges d’électricité demeure à la traîne par rapport aux objectifs fixés. De nombreux pools énergétiques africains souffrent d’un déficit de financement, de l’insuffisance de l’investissement dans le système de transport et de l’entretien nécessaires pour créer la capacité d’échange souhaitée.
Certains pays africains sont riches en énergie ; les voisins obtenant de l’électricité de ces pays peuvent réduire les coûts, renforcer la coopération régionale et améliorer la fiabilité. Les possibilités d’extension du commerce régional de l’électricité sont considérables. La région compte 8 exportateurs nets d’énergie et 19 importateurs nets ; les autres pays ne font pas de commerce de l’électricité [10]. On estime que la mise en œuvre efficace des pools énergétiques régionaux en Afrique pourrait réduire les coûts d’investissement dans l’énergie de 80 milliards de USD d’ici 2040 [11].
C’est en cela qu’on peut affirmer sans crainte que, l’intégration régionale améliore l’efficacité économique et présente plusieurs avantages [12]. Ceux-ci comprennent des exigences d’investissement rendues plus légères par des économies d’échelle (qui peuvent également améliorer l’intérêt de l’investissement) et des coûts réduits grâce à des investissements évités pour les pics de capacité. La fiabilité et la sécurité énergétiques sont également améliorées. Il y a également des avantages environnementaux et fiscaux, tels que la réduction de la pollution de l’air et de l’eau et de la déforestation, ainsi qu’une diminution des coûts pour les compagnies électriques. La mise en place de pools énergétiques régionaux accroît les contacts entre les pays en vue d’élaborer des lois et des plans, tout en consolidant les liens politiques et en renforçant les capacités réglementaires, juridiques et techniques, ce qui est particulièrement utile pour les pays plus petits qui peuvent ainsi tirer parti de l’expertise d’un groupe plus large de pays. Le cadre multilatéral peut également réduire l’influence de groupes d’intérêt particulier.
Il faut noter également que, les pools énergétiques ont permis la création d’importantes interconnexions entre pays des cinq sous-régions du Continent et parfois entre sous régions. Ceci a facilité la mise en place d’un marché d’électricité qui apparaît comme unvéritable régulateur de l’offre et de la demande, surtout en période de pic dans certaines régions. Le Maghreb bénéficie en effet, grâce à la COMELEC, d’un important acquis: l'interconnexion complète des réseaux électriques et une très bonne coordination. En 1991, le séminaire de Marrakech du COMELEC mettait en relief cet avantage dans ses conclusions: « Le secteur électrique demeure le secteur d’avant-garde dans le domaine de la coopération maghrébine. Très tôt, des actions ont été menées par les entreprises d’électricité afin d’harmoniser les règles d’exploitation des réseaux et profiter des complémentarités des systèmes pour réduire les coûts de gestion. Il faut cependant noter qu’elles demeurent modestes par comparaison aux gains qu'engendreraient une gestion et un développement intégrés des systèmes ». L’industrie électrique apparaît ainsi à l’avant-garde de ce que pourrait être à l’avenir une intégration énergétique de la région. Le PESA, avec sa capacité estimée àplus de 50GW est le deuxième pôle en termes d’infrastructure.
Nous avons aussi, les expériences acquises en Afrique de l’Est qui illustrent certains des avantages économiques du partage d’énergie. Le pool énergétique de l’Afrique de l’Est (EAPP – Eastern Africa Power Pool) a été créé en 2005 et compte huit pays participants. Son objectif de haut niveau est de faciliter l’intégration régionale pour favoriser le développement durable. Ses objectifs spécifiques comprennent le renforcement de la sécurité énergétique ; l’optimisation des ressources énergétiques ; la coordination et la coopération en matière de planification, de développement et d’exploitation ; l’augmentation de l’offre ; et la facilitation de la concurrence dans le secteur. Les activités clés comprennent l’harmonisation des plans du secteur de l’énergie, l’établissement de points d’interconnexion, et l’élaboration de codes de réseaux communs. L’EAPP estime que la constitution de pools énergétiques régionaux pourrait générer un bénéfice net allant jusqu’à32 milliards de USD entre 2013 et 2038 [13].
De même, dans la région de l’Afrique de l’Ouest, le projet d’interconnexion des réseaux électriques de la Côte d’Ivoire, du Libéria, de la Sierra Leone et de la Guinée, avec une capacité de transmission allant jusqu’à 290MW, permettra de créer un marché régional dynamique de l’électricité et d’accroître l’accès pour environ 24millions de personnes. Ces investissements permettront de réduire les coûts, d’améliorer l’accès et la fiabilité et d’attirer des investissements. Généralement, la logique économique pour l’intégration régionale de l’énergie est une réduction des coûts d’exploitation et une augmentation de la réserve de puissance disponible et, donc, un investissement en capital réduit pour les installations de pointe. Par conséquent, le critère principal pour évaluer les bénéfices potentiels de la coopération et de l’intégration régionales de l’énergie est l’efficacité économique, qui minimise les coûts de fourniture de l’énergie pour une région donnée.
L’intégration régionale de l’énergie figure également en bonne place dans les priorités du programme de développement de l’Afrique. Elle favorise la sécurité énergétique par l’intégration des marchés et le développement d’infrastructures transfrontalières. Elle permet aux pays de développer leurs systèmes énergétiques de manière plus collaborative et d’éviter les inefficacités des petits marchés en réduisant les coûts et en augmentant l’accès. Le Nouveau Pacte de la Banque pour l’énergie en Afrique souligne que l’intégration régionale de l’énergie peut réduire jusqu’à 15% les coûts d’investissement et le prix de l’électricité, ce qui profite aux entreprises comme aux consommateurs. Et elle génère des économies d’échelle qui sont attrayantes pour les investisseurs [14].
Bref, la création des cinq pools énergétiques de la région est à l’origine d’une tendance ayant pour effet de promouvoir le commerce régional et rendre le secteur plus favorable aux affaires, grâce à son lot d’effets positifs sur l’accès, l’efficacité du système, le coût et le développement durable. Les pools énergétiques ont également permis la création d’importantes interconnexions entre pays des cinq sous-régions du Continent et parfois entre sous régions. Ceci a facilité la mise en place d’un marché d’électricité qui apparaît comme un véritable régulateur de l’offre et de la demande, surtout en période de pic dans certaines régions.
Néanmoins, cette intégration par l’énergie en Afrique n’est pas un fleuve tranquille car elle se heurte à certains obstacles. Les raisons le plus souvent invoquées pour expliquer ces échecs sont : le manque de viabilité financière de ces projets, faute de solvabilité des compagnies (elles pratiquent des tarifs trop bas que l’État ne peut pas compenser); la mauvaise gouvernance des compagnies qui se trouvent pénalisées par des résultats insuffisants (70 % des compagnies africaines d’électricité déclarent 20 % de perte de système, la plupart d’entre elles ne dépassent pas 90 % de recouvrement des recettes4). En outre, depuis 2008, la crise et la difficulté d’accès aux crédits et financements n’ont certes pas aidé au retour des investisseurs [15].
Mais au-delà des raisons conjoncturelles, des motifs structurels plus profonds empêchent la mobilisation en faveur de nouvelles réalisations. L’absence de cadre réglementaire et institutionnel, l’absence d’un régulateur compétent, expérimenté et indépendant, l’absence de processus d’appels d’offres rigoureux et transparents, d’acheteurs financièrement viables et de contrats d’achat d’électricité solides sont autant de handicaps persistants qui dissuadent ou freinent encore bon nombre d’acteurs investisseurs potentiels dans les infrastructures ou dans les marchés électriques africains. Ces obstacles sont tout à la fois de nature politique, institutionnelle et administrative; commerciale et économique; et, enfin, technique. Si, d’une part, la création de pools énergétiques nécessite un renforcement ciblé des capacités, on peut alors considérer, d’autre part, l’évolution des pools énergétiques de l’Afrique comme un processus à part entière de renforcement des capacités à long terme. Par exemple, le développement actif du PEAO au cours de la décennie écoulée a contribué à faire évoluer les mentalités nationales, en les faisant passer d’une position d’indépendance énergétique nationale à tout prix à une position de coopération bénéfique avec les pays voisins. Il faut noter que, l’approvisionnement en électricité à travers l’Afrique est progressivement en train de se restructurer grâce à l’émergence de producteurs d’énergie indépendants et des initiatives prises spécifiques à chaque pays.
Les Défis Et Perspectives Pour Le Secteur De L’énergie Electrique Comme Outil Pertinent D’intégration En Afrique
La plupart des pays se caractérisent encore par de faibles taux d’électrification et de petits réseaux, et le continent ne compte aucun marché de vente en gros ou au détail de l’électricité. L’Afrique a une opportunité d’adopter les innovations en matière de promotion des technologies, des modèles commerciaux, de l’exploitation de systèmes et de la conception des marchés. Les pays devront réexaminer les idées des années 90 concernant la restructuration des sociétés, pour apporter des solutions créatives en vue d’améliorer la souplesse et la résilience du secteur de l’électricité. Ceci est essentiel pour que le secteur de l’électricité puisse adopter de nouveaux technologies et modèles commerciaux tout en attirant de nouvelles sources de financement de manière durable. Des systèmes et opérateurs de marché indépendants devront être créés afin de gérer la variabilité, la souplesse, la fiabilité, la force et la qualité des réseaux.
Il est clair qu’il y a encore des améliorations à faire qui permettront de renforcer les bénéfices du système de pole, à savoir la réduction des coûts desinvestissements, le renforcement de la fiabilité des réseaux, le renforcement de la sécurité des installations et la coordination des besoins lors des périodes de pic pour le bien-être des usagers. Cependant il faut noter que les perspectives sont bonnes : L’Éthiopie finalise la construction d’un barrage hydroélectrique pour exporter de l’électricité vers d’autres pays de la région. Le barrage possède une capacité installée de 6 000 mégawatts et devrait produire environ 15 000 gigawattheures par an [16]. Il faut noter qu’une partiesera exportée vers Djibouti et vers le Kenya qui ont signé des accords avec l’Ethiopie dans ce sens.
La faiblesse du commerce intrarégionale peut être imputée à l’absence totale de coordination des politiques (commerciales) et d’harmonisation avec les autres politiques économiques qui a généré des dysfonctionnements peu compatibles avec les objectifs de la régionalisation (ou de l’intégration). Ainsi, « l'absence d'un programme économique régional structurant et les difficultés à mettre sur pied une intégration énergétique régionale efficiente constituent des freins importants au développement du commerce interne en Afrique » [17]. La réussite de l’intégration régionale des systèmes électriques nécessite un cadre pour les transactions, des accords sur les systèmes d’exploitation, un système de tarification pour l’utilisation des infrastructures de transmission et l’admission de principes et de procédures pour la résolution des litiges. Un cadre juridique acceptable ou un accord juridique contractuel entre les membres doit être mis en place. Dans le cadre de l’accord juridique, un mécanisme de résolution des litiges doit être clairement identifié et des procédures d’arbitrage doivent également être incluses.
La vérité est que la demande du marché en termes de compétences dépasse l’offre, car le développement de ces compétences demande du temps [18]. Il faut former et développer les ressources humaines pour gérer et exploiter les pools électriques. La formation doit inclure les capacités institutionnelles, la négociation des contrats, la planification et la pratique des langues étrangères [19].
Également, pour réaliser le potentiel de l’intégration électrique régionale, des institutions de haut niveau, mais souples, capables de gagner la confiance des acteurs internationaux et régionaux du domaine de l’énergie sont nécessaires. Cependant, dans nombre de pays africains, les monopoles de l’électricité historiquement nationalisés et verticalement intégrés n’ont pas su gérer comme il fallait le commerce de l’électricité, et les divers problèmes techniques et financiers sont devenus endémiques dans le secteur.
En outre, l’Afrique a la possibilité d’adopter des innovations en matière de technologies favorables, de modèles d’affaires, de fonctionnement des réseaux et de conception des marchés. Les technologies favorables et les nouveaux modèles d’affaires comprendront une part croissante d’énergie renouvelable à faible coût, qui est complétée par des batteries à fins commerciales et distribuées, la recharge intelligente des véhicules électriques, le renforcement des interconnexions au réseau et des mini-réseaux à base d’énergie renouvelable, la gestion axée sur la demande et les centrales électriques virtuelles, les communautés énergétiques avec réseaux intégrés et échanges de pair à pair, la propriété communautaire partagée, le système prépayé et peut-être même, à la longue, les grands comptes distribués.
Le dégroupage des réseaux de transport donnera un nouvel élan à la création d’opérateurs de réseau indépendants et de marché. Il incombera à ceux-ci de gérer la variabilité, la flexibilité, la fiabilité ainsi que les atouts et la qualité des réseaux. Ils devront exploiter les ressources hydroélectriques et autres de façons plus complexes et plus réactives. L’exploitation des réseaux nécessitera également l’intégration des prévisions de production d’énergie renouvelable de pointe. Les opérateurs de réseau répartis dans les zones métropolitaines pourraient émerger avec la complexité accrue de l’intégration aux centres nationaux de contrôle.
Des réformes du marché et de la réglementation seront essentielles pour faire face à ces transformations. Ces réformes seront conçues dans le but de libéraliser les marchés pour les accords entre acheteurs et vendeurs consentants, permettant de passer d’un réseau à un autre et d’utiliser les compteurs intelligents. Les structures tarifaires devront inclure des redevances reflétant la différenciation dans le temps des coûts énergétiques (indiquant à quel moment la production ou la consommation d’électricité est moins coûteuse ou plus coûteuse). La réforme tarifaire permettra également d’introduire des redevances pour la capacité de charge de crête coïncidente des réseaux, les ressources flexibles et les services pour garantir la fiabilité (en vue de compléter leur propre production) [20].
L’intégration des marchés électriques nationaux en un marché africain intégré, qui serait comparable dans son fonctionnement au marché régional d'un bien-commodité, rencontre également des difficultés qui tiennent d’abord à la spécificité du produit et à sa forte dépendance d'une infrastructure de réseau et de dispositifs de coordination technique stricte. Dans un marché de commodité, en effet, les droits de propriété sur une quantité physique sont clairs. De tels biens s'échangent facilement de façon anonyme sur des marchés spot de gros, complétés par des marchés à terme offrant des instruments de gestion de risque.
Il faut donc retenir que, l’efficacité des infrastructures électriques de l’Afrique reste un sujet de préoccupation. En 2018, les pertes d’électricité dues au transport, à la distribution et à la collecte ont atteint en moyenne 17,1% contre 15% en 2015. Le vieillissement des infrastructures, les inefficiences dans la distribution de l’énergie et la planification du système électrique, ainsi que la vulnérabilité des réseaux à la falsification, ont tous contribué à cette baisse. Les pays africains devront accroître leurs investissements dans la maintenance de leurs infrastructures électriques pour améliorer l’accès à une énergie fiable [21].
La dynamique institutionnelle créée par les réformes de transposition a permis d'avancer significativement au niveau de la coordination des infrastructures techniques par des solutions évitant l'unification des gestionnaires de réseau, qui aurait été la solution idéale, mais qui est impossible à atteindre. L’accès à l’énergie est une composante essentielle du développement économique, social et politique. Mais on constate que, malgré le potentiel énorme en énergies fossiles et renouvelables, l’Afrique présente des déficits énergétiques importants : les ressources du continent sont tantôt sous-exploitées, tantôt exportées sous forme brute, ou même souvent gaspillées. La réussite des projets régionaux exige donc des mécanismes solides de coordination et d’engagement qui faisaient défaut dans le projet d’interconnexion des différents Etats. Par conséquent, les pays ont réalisé des progrès inégaux et l’interconnexion ne s’est pas faite. Des institutions régionales fortes ont un rôle clé à jouer en matière de coordination et de réglementation.
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